L'âme s'arrache de la matière, du système physique et biologique, car elle est faite de la connaissance et de la conscience des deux. Cet avènement de l'âme fait surgir dans l'être la conscience, une conscience consciente qui voit la nature des aspects transitoires et opposés de la vie et de la mort. Elle, est "pétrie" des ces fantastiques évènements, d'autant plus que cette conscience n'est elle-même, ni vie, ni mort.

Dans cet affrontement se crée une conscience de la conscience, une connaissance de la connaissance, qui sont la nature même de l'âme.

On pourrait appliquer ce texte à la description de la déesse Kali, en Inde, déesse de la vie et de la mort, qui écrase parfois ses adorateurs sous son char pour les faire renaître. Car cette non-transcendance, est une immanence. La terre et le ciel sont un et consubstantiels, nourris et engendrés l'un par l'autre. Il n'existe que ce vie-mort, ou mort-vie, car rien n'est jamais statique, et c'est bien "au sein de cette contradiction indéfiniment expansible " à l'image des trois univers, que s'engendre l'alchimie mystérieuse de ce qui est, n'est pas et devient.

Nous voici au coeur du coeur. Car la grande aventure de l'être face à la vie et à la mort procède effectivement "d'arrachements" successifs. Avant de quitter son corps, il faut bien s'arracher à nos modes de représentation du réel, y compris les plus sublimes. Car qui peut comprendre non cet infini, mais ce transfini que nous fait ressentir sans cesse Lupasco, quand il nous parle de conscience de la conscience, de la connaissance de la connaissance? Qui y a t-il derrière ces holos qui s'englobent sans fin, comme autant d'univers, de la conscience des possibles? Bref, comment avec notre modeste conscience de terriens, pouvons nous comprendre ce Tout du Tout, cet englobant de l'englobant ?

Lupasco n'y répond pas évidemment, mais il ouvre la vision. Il nous dit, regardez : l'éternité, ou mieux, ce qu'il nomme non l'infini mais le transfini. Car, dit Lupasco, l'univers est un. Ou plus exactement l'univers est.

Ainsi il peut y avoir une "histoire de l'âme...mais non point de Dieu", L'âme échappe à la nature contradictoire des phénomènes. Dieu, ou la notion de Dieu appartient à l'histoire humaine, au contradictoire du contradictoire, à l'opposé de l'opposé. L'âme, n'a pas d'histoire, elle "n'est ni vie, ni mort" dit Lupasco.

L'âme est donc indépendante. Bien que reliée à l'être, elle exprime un état indépendant des autres. Elle est si j'ose dire dans le paradis de l'état T.

Autrement dit, l'équilibre parfait entre l'homogéneisation et l'hétérogéneisation semble réalisé dans l'âme. Mais en d'autres occasions Lupasco dit aussi que "l'âme est avant tout un conflit de tendances", parce qu'en fait, homogénéisation et hétérogeneisation ne peuvent coexister sans contradiction. Concluons que le destin de l'âme est d'après Lupasco de réaliser l'harmonie dans un devenir, peut-être sans fin.

Nous touchons ici sinon à l'infini des univers, aux trois univers qu'évoque Lupasco. Il a d'ailleurs une formule vertigineuse pour les "donner à voir". Il dit qu'ils sont "eux-mêmes transfinis à la puissance transfinie".