Dans son article, Wilber nous met en garde particulièrement sur la possibilité de confondre une régression au stade prépersonnel et une progression vers le stade transpersonnel ou à un niveau de conscience élargi. Le stade prépersonnel que les freudiens ont décrit avec acuité se situe avant le stade égoïque. Il correspond à l'expérience symbiotique du nouveau né qui ne différencie pas sa propre identité de ce qui l'entoure. Les expériences transpersonnelles ne sont pas une régression à ce stade mais plutôt une ouverture sur une plus grande unification avec l'univers à travers la conscience de sa propre identité. Cette progression entraîne des perturbations chez la personne qui peuvent être injustement qualifiées de pathologiques. Dans une approche transpersonnelle, ces perturbations sont plutôt associées à une crise développementale qui se nomme: "crise d'émergence spirituelle".

L'approche transpersonnelle ne rejette pas l'importance d'une saine identification égoïque et considère même que c'est à partir d'un ego stable et solide que l'être humain peut s'élancer vers les royaumes transpersonnels. Dans la théorie jungienne, le soi transpersonnel existe chez l'être humain dès l'enfance à un niveau inconscient. L'ego est perçu davantage comme une structure dont il faut se libérer pour accéder à la dimension transpersonnelle.

Ken Wilber croit plutôt qu'au point de départ l'être humain possède une conscience indifférenciée et primitive qui correspond au stade prépersonnel freudien. Cette conscience se développe graduellement, passe par le stade de l'identification égoïque et s'élargit ensuite à l'ensemble de la création. La conscience devient collective, universelle, tel que décrite par Jung dans ses ouvrages. Il s'agit du stade de développement ultime de la conscience qui s'apparente à la grâce, l'éveil ou l'illumination dont parlent certaines traditions mystiques.

Pour approfondir nos connaissances sur le transpersonnel, Wilber propose trois voies d'investigations qui sont, selon lui, les voies universelles de la connaissance. Il y a d'abord la voie empirique qui s'intéresse aux faits et aux données. Parmi les secteurs d'investigations privilégiés par les chercheurs en psychologie transpersonnelle, l'étude des états de conscience modifiée est le plus important. Des recherches portent, par exemple, sur les effets physiologiques de la méditation et la permanence des modifications que celle-ci entraîne au niveau des réponses physiologiques de l'organisme, lorsqu'elle est pratiquée régulièrement. D'autres études portent encore sur les habiletés humaines exceptionnelles (phénomènes paranormaux), les rêves lucides et les effets de certaines drogues psychédéliques pour induire des états de conscience modifiée.

La deuxième voie de la connaissance, celle du mental est concernée par la logique et la raison. Wilber est lui-même un des leaders du mouvement transpersonnel dans ce secteur. Sa contribution théorique est remarquable par la clarté et la logique des nombreux ouvrages qu'il nous a offerts ces dernières années. Stanislav Grof, Roger Walsh et Charles Tart sont aussi des théoriciens reconnus.

Finalement, la troisième voie qui s'offre à nous est celle de la spiritualité ou de la transcendance. Cette voie est concernée par l'introspection et la vérité. Ici, la psychologie transpersonnelle devient la psychologie du développement spirituel. Nous retrouvons dans ce secteur des techniques d'explorations individuelles et de groupes très variées qui s'apparentent autant à des méthodes contemporaines qu'à des traditions ancestrales d'origines occidentales ou orientales.