"Selon Tchouang-tseu : "La relation avec le corps et ses élément disparaît. Les organes des sens sont laissés de côté. Ainsi, quittant la forme matérielle et disant adieu à mon savoir, je deviens uni à l'omniprésent. Cela je l'appelle s'asseoir pour oublier tout."

Bien entendu, la physique moderne fonctionne dans un cadre très différent, elle ne peut aller aussi loin dans l'expérience de l'unité de toutes choses. Mais, avec la théorie atomique, elle a accompli un grand pas vers la vision du monde des mystiques orientaux. La théorie quantique a aboli la notion d'objets séparés et introduit la notion de participant pour remplacer celle d'observateur ; il est désormais nécessaire d'inclure la conscience humaine dans sa description du monde.

On en est venu à percevoir le monde comme un tissu de relations mentales et physiques, dont les éléments sont définissables seulement dans leur rapport à l'ensemble."

"Ce qui fait apparaître tantôt l'obscurité, tantôt la lumière, est le Tao."

"Les physiciens modernes, par conséquent, devraient pouvoir pénétrer le sens des enseignements centraux de l'Orient en les rapprochant des expériences dans leur propre champ. un nombre peu élevé, mais croissant, de jeunes physiciens a même trouvé une telle approche de la spiritualité orientale extrêmement précieuse et stimulante."

"L'énergie et la matière ne sont que différents aspects d'un même phénomène."

"Force et matière, particules et ondes, mouvement et repos, existence et non-existence. Voici quelques-uns des concepts opposés ou contradictoires qui sont dépassés en physique moderne."

"Niels Bohr était bien conscient du parallélisme entre son concept de complémentarité et la pensée chinoise. Lorsqu'il visita la Chine en 1937, à un moment où son interprétation de la théorie quantique était déjà complètement élaborée, il fut profondément impressionné par l'ancestrale idée chinoise de pôle opposés et dès lors, il porta un vif intérêt à la culture extrême-orientale. Dix ans plus tard, Bohr fut fait chevalier en récompense de ses éminentes réalisations scientifiques et ses importantes contributions à la vie culturelle danoise ; et, lorsqu'il eut à choisir une arme pour son blason, son choix se porta sur le symbole chinois de T'ai-Chi représentant la relation complémentaire des archétypes opposés yin et yang . En choisissant ce symbole pour son blason avec la devise Contraria sunt complementa ("Les opposés sont complémentaires"), Niels Bohr reconnaissait la profonde harmonie entre l'ancienne sagesse extrême-orientale et la science moderne occidentale."

"La physique moderne a confirmé de façon spectaculaire l'une des idées de base de la spiritualité extrême-orientale : tous les concepts que nous employons pour décrire la nature sont limités, ce ne sont pas des caractéristiques de la réalité comme nous avons tendance à le croire, mais des créations de l'esprit, parties de la carte et non du territoire. Toutes les fois que nous élargissons le domaine de notre expérience, les limitations de notre pensée rationnelle deviennent évidentes et nous devons modifier, voire abandonner, certaines de nos conceptions."

"Selon les mots d'Henri Margenau :"La révélation centrale de la théorie de la relativité est que la géométrie est une construction de l'esprit. C'est seulement lorsqu'on accepte cette découverte que l'esprit peut se sentir libre de toucher aux sacro-saintes notions d'espace et de temps, pour étudier le champ des possibilités dont il dispose pour les définir et choisir la formulation qui s'accorde à l'observation."

"Les commentaires de Joseph Needham sur l'astronomie chinoise sont à cet égard très intéressants :

"Les astronomes chinois n'éprouvaient pas le besoin de recourir à des formes géométriques. Les organismes composant l'organisme universel suivaient le Tao, chacun conformément à sa propre nature, et leurs mouvements pouvaient être étudiés sous la forme essentiellement "non représentative" de l'algèbre. Les Chinois étaient donc exempts de cette obsession des astronomes européens, du cercle comme la plus parfaite figure, et ne firent pas l'expérience du carcan médiéval des sphères cristallines.""

"Il faut à la lumière huit minutes pour se propager du Soleil à la Terre, et donc nous voyons le Soleil, à tout instant, tel qu'il était huit minutes auparavant. De même, nous voyons la plus proche étoile telle qu'elle existait quatre ans auparavant, et, avec nos puissants télescopes, nous pouvons voir des galaxies telles qu'elles étaient il y a des millions d'années."

Le "paradoxe des jumeaux" : "Ce qui est vrai des longueurs l'est également des intervalles de temps. Eux aussi dépendent du système de référence mais, contrairement aux distances spatiales, ils deviennent plus longs lorsque la vitesse relative à l'observateur augmente. Cela veut dire que des aiguilles de montres en mouvement tournent plus lentement, le temps ralentit. Ces horloges peuvent être de types variés : pendules mécaniques, électroniques, ou le battement d'un coeur humain. Si de deux jumeaux l'un effectuait un rapide aller et retour dans l'espace, il serait plus jeune que son frère lorsqu'il reviendrait, parce que tous ses "mécanismes" (organiques), son rythme cardiaque, son flux sanguin, ses ondes cérébrales, etc. auraient ralenti durant le voyage, du point de vue de l'homme sur Terre. Le voyageur lui-même, bien-entendu, n'aurait rien remarqué d'inhabituel, mais, à son retour, il aurait soudain réalisé que son frère jumeau était maintenant beaucoup plus âgé. Ce "paradoxe des jumeaux" est peut-être le plus célèbre de la physique moderne. Il a provoqué des discussions animées dans les journaux scientifiques, dont quelques-unes se poursuivent encore ; c'est une preuve éloquente du fait que la réalité décrite par la théorie de la relativité ne peut être saisie par notre compréhension ordinaire."

"L'aspect dynamique de la matière apparaît comme une conséquence de la nature ondulatoire des particules subatomiques et s'avère même encore plus essentiel dans la théorie de la relativité, comme nous le verrons, où l'unification de l'espace et du temps implique que l'existence de la matière ne peut être distinguée de son activité."

"La matière n'est donc jamais inerte, mais toujours en état de mouvement."

""Tandis que la philosophie européenne cherchait la réalité dans la substance, écrit Joseph Needham, la philosophie chinoise la cherchait dans la relation."

"Nous connaissons aujourd'hui plus de deux cents particules, la plupart d'entre elles étant créées artificiellement par des processus de collision et ne durant qu'un temps extrêmement bref; bien moins d'un millionième de seconde!"

"Dans ces "théories du champ quantique", la distinction entre les particules et l'espace les entourant perd sa netteté originaire et le vide est reconnu en tant que quantité dynamique d'une importance souveraine."

"La distinction classique entre les particules solides et l'espace les entourant est totalement dépassée."

"Néanmoins, l'intuition sous-jacente à l'interprétation que donne le physicien du monde subatomique, en fonction du champ quantique, est très analogue à celle du mystique oriental qui interprète son expérience du monde en fonction d'une réalité sous-jacente ultime. A la suite de l'émergence du concept de champ, les physiciens ont essayé d'unifier les divers champs en un champ fondamental unique qui incorporerait tous les phénomènes physiques. Einstein, en particulier, consacra les dernières années de sa vie à chercher un tel champ unique. Le Brahman des hindous comme le Dharmakana des bouddhistes et le Tao des taoïstes peuvent être considérés, peut-être, comme le champ unifié suprême d'où proviennent non seulement tous les phénomènes étudiés en physique, mais aussi tous les autres phénomènes."

"L'univers physique chinois aux époque ancienne et médiévale était un ensemble parfaitement continu : le Ch'i condensé en matière palpable n'était pas des particules, mais des objets individuels agissant et réagissant avec tous les autres objets dans le monde, ondulant ou vibrant, dépendant, en dernier ressort, de l'alternance rythmique des deux forces fondamentales, le yin et le yang . Les, objets individuels, donc, possédaient leur rythme intrinsèque. Et ceux-ci étaient intégrés dans le schème général de l'harmonie du monde."

""Toutes les choses en rotation, dit Tchang Tsai se référant au ciel, ont une force spontanée et ainsi leur mouvement ne leur est pas imposé de l'extérieur.""

"Quand on sait que le Grand Vide est plein de Ch'i, On sait que le Néant n'existe pas ."

"La philosophie du bootstrap marque le rejet décisif de la conception mécaniste du monde en physique moderne. L'univers de Newton était construit à partir d'un ensemble d'entités de base possédant certaines propriétés fondamentales, créées par Dieu et par conséquent non justiciables d'une analyse plus approfondie. D'une façon ou d'une autre, cette notion était implicite dans toutes les théories de la science naturelle jusqu'à ce que l'hypothèse du bootstrap énonçât explicitement que le monde ne peut être compris comme un assemblage d'entités inalalysables. Dans la nouvelle vision du monde, l'univers est conçu comme un tissu dynamique d'événements interconnectés. Aucune des propriétés d'une partie quelconque de ce tissu n'est fondamentale ; elles découlent toutes des propriétés des autres parties, et la cohérence générale de leurs interactions détermine la structure du tissu entier."

"Les physiciens en sont arrivés à constater que toutes leurs théories des phénomènes naturels, y compris les "lois" qu'ils décrivent, sont des créations de l'esprit humain."

Ainsi, on peut expliquer de multiples phénomènes en fonction de quelques-uns, et, par conséquent, comprendre divers aspects de la nature d'une façon approximative sans avoir à les comprendre tous à la fois. Telle est la méthode scientifique ; toutes les théories et tous les modèles scientifiques sont des approximations de la vraie nature des choses.

"Au sens large, l'idée du bootstrap, bien que fascinante et commode, n'est pas scientifique. la science, comme nous le savons, exige un langage fondé sur quelque structure incontestée. Sémantiquement, donc, une tentative d'expliquer tous les concepts peut difficilement être dite "scientifique".

"Dans la vision chinoise du monde, la coopération harmonieuse de tous les êtres provient non des ordres d'une autorité supérieure extérieure à eux, mais du fait qu'ils sont tous les éléments d'une hiérarchie d'ensembles formant une structure cosmique, et obéissant aux exigences internes de leur propre nature."

Selon Needham, les Chinois ne possédaient même pas de mot correspondant à l'idée occidentale de "loi de la nature". Le terme qui s'en approche le plus est li , que le philosophe néo-confucéen Chu Hsi décrit comme les "innombrables motifs semblables à des veines à l'intérieur du Tao". Needham traduit li par "principe d'organisation."

"Je crois que la vision du monde impliquée par la physique moderne est incompatible avec notre société actuelle, qui ne reflète aucunement l'interdépendance harmonieuse que nous observons dans la nature. Afin de réaliser un tel état d'équilibre dynamique, une structure économique et sociale radicalement différente sera nécessaire : une révolution culturelle au vrai sens du mot. La survie de notre civilisation entière dépend peut-être de notre possibilité de réaliser une telle transformation. Cela dépendra, en dernière instance, de notre capacité à adopter quelques-unes des attitudes yin de la spiritualité orientale ; à faire l'expérience de la totalité de la nature, et de l'art de vivre en harmonie avec elle."

"Lorsque les physiciens se rendirent compte que l'univers pourrait, en fait, être interconnecté d'une manière plus subtile qu'on l'avait jusque-là pensé. Le nouveau genre d'interconnexion apparu récemment, renforce non seulement les similitudes entre les conceptions des physiciens et celles des mystiques, mais ouvre également la possibilité mystérieuse de relier la physique subatomique à la psychologie de Jung et, peut-être même, à la parapsychologie. Cela éclaire d'une manière nouvelle le rôle fondamental de la probabilité dans la physique des quanta."

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